Affiches de propagande, 1914 (4 Fi 221-222)

  • Affiche "François-Joseph l'imputrescible, empereur des vautours" (4 Fi 221)
  • Affiche "Guillaume II, l'impérial cabotin" (4 Fi 222)

Deux caricatures

La première image représente François-Joseph Ier (1830-1916), empereur d’Autriche et roi de Hongrie. Il apparaît sous la forme d’un vautour épuisé. Celui-ci est déplumé et squelettique. Sa vieillesse est ainsi soulignée : le vieux monarque a, en effet, 84 ans.
De plus, il regarde sinistrement devant lui, et il a quelques morceaux de charogne à portée de ses griffes. L’artiste suggère que l’empereur règne une Autriche-Hongrie fragile et mal préparée à une guerre longue, se battant pour tenter de contenir la désintégration de l’empire.

La seconde image montre son allié Guillaume II (1859-1941), roi de Prusse et empereur allemand. Il porte un uniforme militaire, mais il est représenté avec un bras gauche exagérément court, montrant ainsi son atrophie partielle due à une paralysie à la naissance. Cette représentation contraste avec les portraits officiels de l’empereur qui dissimulent délibérément ce bras pour le présenter comme physiquement proportionné.
Par ailleurs, il est bombardé avec divers articles (fruits, légumes, chaussure tabouret, pistolet, canne, boîte de conserve…). L’artiste cherche ainsi à le ridiculiser.

Ces deux personnages caricaturés sont dans la lignée des documents de propagande antigermanique diffusés suite à la guerre de 1870-1871 et depuis août 1914.
Cette propagande consiste à peindre négativement l’ennemi. Les représentations dressent le portrait d’un soldat allemand barbare, brutal, criminel, voleur et violeur, assouvissant des instincts les plus bas sur une population civile désarmée et désemparée. Evoquant les atrocités allemandes commises dès le début des hostilités en Belgique et en Lorraine, les auteurs exagèrent et déforment les traits de caractère afin de diaboliser l’adversaire. Cette démarche doit servir à renforcer la cohésion nationale contre l’ennemi.
Voir aussi sur le même sujet : le site l’Histoire par l’image.

En réponse aux accusations, les Allemands ont aussi recours à des images pour se défendre. Par des mises en scène, ils cherchent à démontrer que les troupes d’invasion se comportent correctement vis-à-vis des populations civiles dans les territoires occupés. En insistant sur la bonne conduite et la générosité des occupants, ils tentent d’effacer leur image négative.

Quelques mots sur l’artiste…
Adrien Barrère (1874-1931) était un affichiste, tourné plus particulièrement vers l'art de la caricature.
Il a dessiné de nombreux posters pour les cinémas et les théâtres de boulevard parisiens ou la  salle de spectacles parisienne du Grand Guignol. Il collabore avec Pathé pour les films comiques de la société, pour des séries ainsi que pour des portraits de personnalités (voir dans la bibliothèque numérique Gallica).
Il a aussi croqué les professeurs de la Faculté de médecine de Paris. Ces affiches ont été un véritable succès, notamment auprès des étudiants (voir dans la bibliothèque numérique de la BIU de Santé).
Il est également connu pour l'affiche du bolchévik hirsute et effrayant, serrant entre ses dents un couteau dégoulinant de sang. Celle-ci a servi de propagande anticommuniste lors des élections législatives de 1919 (voir dans la bibliothèque numérique Gallica).